Le Projet Pédagogique

Une formation humaniste

Au milieu des années 1980, le Ministère de la Culture – et en particulier l’Inspecteur Pierre-Yves LEVEL - fut à l’origine d’une politique volontariste de renouveau des maîtrises en France.

Ancienne maîtrisienne de Radio - France, j’étais convaincue de la valeur irremplaçable de ce genre d’éducation qui offre  à de jeunes enfants un cadre unique pour vivre la musique.

C’est donc dans cette logique qu’Eugène Maegey, directeur du Conservatoire de Colmar et moi, avons formulé le projet de créer un « département  Maîtrise » intégré au Conservatoire.

Grâce à l’appui de la ville de Colmar, de l’Education Nationale et du Ministère de la Culture, nous avons ainsi pu organiser la vie scolaire et musicale des enfants en horaires aménagés.

Un projet éducatif global.

La formation maîtrisienne permet à l’enfant d’être immergé quotidiennement dans une ambiance de pure musique, le matériau privilégié étant la voix ; mais le projet éducatif est global. Il ne s’agit pas de former des enfants « voix », mais des enfants musiciens.

 Le rythme de travail, rapide et soutenu, les rend autonomes dans l’apprentissage de la musique, dans leurs études, et je l’espère, dans leur vie d’homme.

 Le chœur n’est pas traité comme une masse, mais chacun est interpellé personnellement. Chacun trouve donc naturellement sa  place et devient indispensable.

Ce fonctionnement permet de s’impliquer complètement dans le travail, en devant constamment (et moi aussi) se remettre en question et s’adapter.

 Lorsque l’enfant a compris que sa contribution est au service du travail collectif, si les exigences sont fortes et constantes, une grande efficacité devient possible. Je fais constamment appel à l’auto discipline, à l’auto évaluation, à l’auto correction qui favorisent la progression de chacun tant sur le plan musical qu’humain, notamment avec le parrainage des plus âgés vers les plus jeunes.

Tout mon projet musical est sous-tendu par ce projet éducatif global de responsabilisation, de respect et de confiance partagée. Il ne s’agit pas d’élitisme - ce mot que j’entends encore trop souvent. Bien sûr, de l’extérieur, on ne voit que des enfants disciplinés et polis, mais parler d’élite serait oublier le travail que ces enfants font chaque jour. Parler d’ « élite » serait oublier que notre recrutement est peu exigeant et que chaque enfant et chaque homme peut intégrer ce groupe.

Richesse des styles.

En contact journalier avec la musique, les enfants assimilent les styles différents de façon naturelle, mais la musique sacrée constitue l’essentiel du répertoire -  la musique baroque étant privilégiée, ainsi que celles des 20ème  et 21ème siècles. J’aime également programmer dans un concert baroque ou contemporain, du grégorien, car il est une véritable passerelle  entre les genres. Et où mieux trouver la relation texte musique ?

Ma volonté de présenter des œuvres peu connues est permanente, dans l’intérêt des adultes qui composent le chœur et qui chantent souvent dans d’autres groupes, mais surtout dans celui des enfants stimulés par un répertoire varié. Ainsi à la Maîtrise, nous n’avons pas de fond de répertoire et les choristes « mangent » beaucoup de musique !

Lors des déplacements à l’étranger nous présentons de la musique française, mais il me tient à cœur de chanter les compositeurs du pays, dans la langue d’origine. Ainsi, nous avons pu découvrir de merveilleux musiciens polonais, chinois, japonais…...

Et la mue ? et les adultes ?

Ne parler que des enfants serait réducteur, car le choeur d’hommes est lui aussi un élément moteur de cette formation éducative et musicale, grâce à cette cohabitation intergénérationnelle allant de jeunes enfants à des adultes, retraités pour certains !

Quelle richesse ! Du point de vue vocal on joue sur tous les registres, et les plus âgés font fonction de co-éducateurs. Il faut juste accorder nos montres sur l’heure du coucher……

Quel bonheur également quand un « ancien » qui a mué revient chanter dans le chœur !

La mue ? Plus j’avance et moins j’en sais. Nous fêtons bientôt notre 25ème anniversaire ;

j’en ai donc beaucoup vécu, et pourtant, chacune est différente, tant sur le plan psychologique que physiologique. Un moment important à vivre pour les garçons et pour nous, les accompagnants, car c’est aussi la fin d’une appartenance au groupe, qui est très forte dans le cadre maîtrisien.

Une vision humaniste.

Tous ces jeunes et moins jeunes sont encadrés par  des professeurs qui croient à cet idéal humain, et par une équipe administrative qui porte avec dynamisme et confiance chaque projet. Le cheminement que je fais suivre au chœur est fondé sur cet ardent souhait d’emmener les enfants de manière harmonieuse vers l’âge adulte, et d’en faire des hommes « communicants ». Même si cette vision humaniste du musicien parait utopiste, c’est ce vers quoi va tendre toute l’éducation de ces enfants durant leur passage à la maîtrise.

Je ne suis sûre de rien, je cherche, je ne trouve pas toujours, je fais des erreurs, et parfois je baisse les bras. C’est seulement lorsque les anciens reviennent « dire  bonjour », c’est seulement devant leurs yeux reconnaissants que je me permets une petite, une toute petite pause.

 

Arlette Steyer